LA PRÉVENTION DES IST DONT LE VIH ET DES HéPATITES AUPRÈS DES PERSONNES LGBT EN CONTEXTE AFRO-CARIBÉEN.

Guide pour l’acteur de prévention

Les hépatites

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    Définition

    Une hépatite 1 est une inflammation du foie causée par une infection virale ou par une intoxication (médicaments, alcool, produits chimiques).

    Dans le cas d’une infection virale, ce sont les défenses immunitaires qui, en luttant contre le virus, vont produire cette inflammation.
    Selon le virus hépatique, elle peut durer de nombreuses années (des décennies) et entraîner des complications sévères.

    Les différents virus des hépatites sont identifiés par une lettre de l’alphabet : A, B, C, D et E 2 (VHA, VHB, VHC, VHD, VHE).
    Ils sont différents par leurs modes de transmission, les évolutions de la maladie et leur traitement.

    Le symptômes

    Souvent, les personnes infectées par l’hépatite A, B ou C ne présentent pas de symptômes. Quand il y a des symptômes, ils apparaissent quelques semaines 3, voire quelques mois après la transmission en fonction de la durée d’incubation de la maladie, variable selon le type d’hépatite :

    • fatigue
    • fièvre
    • douleurs au ventre
    • perte d’appétit
    • diarrhée
    • peau et blanc des yeux jaunes (jaunisse)
    • selles pâles et urines foncées
    • nausées, vomissements

    Sans symptômes, il est possible d’être porteur très longtemps d’une hépatite et de contaminer son entourage familial ou des partenaires sexuels. De plus, l’infection peut devenir chronique et créer des dommages internes tout en passant inaperçue.

    Transmission

    Hépatite A

    Par voie orale :

    • par consommation d’eau ou d’aliments contaminés par les selles d’une personne infectée
    • par contact direct avec une personne malade (mains souillées) ou indirect (par l’intermédiaire d’objet,d’aliments ou de drogues manipulés par les mains souillées)
    • lors de la consommation de drogue dans des conditions non hygiéniques

    Par contact sexuel :

    • au cours d’une relation sexuelle orale-anale
    • lors du partage de jouet sexuel ayant été en contact avec les selles d’une personne infectée ou par contact avec des objets contaminés par les selles d’une personne infectée

    Hépatite B

    Par le sang :

    • lors du partage de matériel de préparation, d’injection ou d’inhalation de drogue
    • lors du tatouage ou du perçage avec du matériel non stérile
    • par contact d’un liquide contaminé, comme du sang, ou d’un objet lui-même souillé par du sang avec une surface endommagée de la peau (morsure, piqûre, coupure, plaie) ou d’une muqueuse

    Par contact sexuel :

    • au cours d’une relation sexuelle avec pénétration du pénis dans le vagin ou l’anus
    • au cours d’un contact de la bouche avec le pénis, la vulve, le vagin ou l’anus
    • lors du partage de jouet sexuel
    • par contact des organes génitaux (pénis, vagin, vulve, anus) avec le sperme ou les sécrétions vaginales d’une personne infectée

    La mère infectée peut également transmettre l’hépatite B à son bébé au moment de l’accouchement.

    Hépatite c

    Par le sang :

    • lors du partage de matériel de préparation, d’injection ou d’inhalation de drogue
    • lors du tatouage ou du perçage dans des conditions non stériles
    • par contact du sang, avec une surface endommagée de la peau (morsure, piqûre, coupure, plaie) ou une muqueuse

    Par contact sexuel,  principalement lorsqu’il y a présence de sang :

    • au cours d’une relation sexuelle avec pénétration du pénis dans le vagin ou l’anus : le risque augmente lors de relations sexuelles traumatiques qui peuvent créer des lésions ou des blessures ou lorsque préexistent des  lésions génitales dues à des IST. (Exemple : insertion de doigts ou du poing dans l’anus)

    La transmission du virus d’une mère à son enfant est possible lors de l’accouchement, mais est beaucoup moins fréquente que pour l’hépatite B.

    Vaccination

    Il existe un vaccin sûr et efficace contre l’hépatite A et l’hépatite B.

    Les vaccins contre les hépatites A et B ont des taux d’efficacité proches de 95%. Il existe des vaccins contre une maladie : hépatite A (Havrix, Avaxim) ou hépatite B (Engerix B, Genhévac), et un vaccin combiné contre l’hépatite A et B (Twinrix).

    En l’absence de vaccination antérieure contre ces maladies, le mode le plus simple consiste en une double vaccination contre les hépatites A et B par la même injection. Le schéma de vaccination comprend 3 injections : la première réalisée au jour J0, la deuxième 1 mois plus tard et la troisième 6 mois après la première injection. A priori, il n’y a pas besoin de rappel. Cependant, pour les personnes immunodéprimées (VIH, ..), il est préférable de contrôler l’efficacité de la vaccination.

    La vaccination contre les hépatites A et B est fortement conseillée pour les personnes séropositives au VIH. Les meilleures conditions sont une charge virale indétectable et un niveau de CD4 (cellules du système immunitaire) supérieur à 500/mm3, afin que le corps soit capable de réagir au vaccin et de développer une immunité.

    La vaccination contre les hépatites A et B est fortement conseillée en cas de co-infection déjà existante entre le VIH et l’hépatite C.
    Plus de 7% des patients infectés par le VIH sont porteurs d’une infection chronique au VHB.

    Le taux de CD4 au moment de la vaccination influe sur la durée de l’immunité. Un taux supérieur à 350/mm3 assure une bonne réponse immunitaire, mais les personnes séronégatives conservent les anticorps anti-VHA et anti-VHB plus longtemps, et sont donc plus longtemps immunisées.

    Dépistage

    Le dépistage des hépatites se fait par prise de sang. Des tests rapides d’orientation diagnostique (Trod), sont en cours d’évaluation par le Centre national de référence et la Haute Autorité de santé en 2014.
    Il est indiqué de se faire dépister même sans symptômes, le virus pouvant être dormant durant plusieurs années.

    Le dépistage des hépatites B ou C est indiqué pour toute personne présentant une vulnérabilité à l’exposition au virus :

    • Les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes
    • Les utilisateurs de drogues par injection ou par inhalation
    • Les femmes enceintes (dépistage de l’hépatite B obligatoire pendant la grossesse)
    • Les membres de l’entourage familial d’une personne porteuse d’une hépatite chronique
    • Les personnes originaires des pays à forte exposition aux hépatites ou les voyageurs dans ces pays qui y ont reçu des soins ou des transfusions ou ont eu des contacts sexuels
    • Les personnes ayant des tatouages ou des piercings
    • Les personnes porteuses d’une affection au foie, cirrhose, hépatite chronique
    • Les travailleurs du sexe
    • Les personnes qui ont contracté une IST
    • Les personnes qui ont plusieurs partenaires sexuels
    • Les personnes qui ont reçu des transfusions sanguines avant 1992
    • Les personnes détenues ou ayant été détenues

    Suivant les recommandations du rapport d’experts 201352 : « Une unique pénétration anale non protégée chez un HSH dans le passé même ancien, voire un doute, suffit à recommander un premier dépistage du VHC. Il convient de le renouveler dans le cas de risques ultérieurs, en même temps que le contrôle du VIH et d’autres IST. »

    La période fenêtre pour pouvoir dépister l’hépatite C est d’environ 8 à 9 semaines à compter de l’infection.
    La période fenêtre pour pouvoir dépister l’hépatite B est d’environ 4 semaines à compter de l’infection.

    Traitement

    Hépatite A

    Il n’y a pas de traitement contre l’hépatite A. Dans la majorité des cas, l’infection guérit sans traitement en quelques semaines. Le corps se débarrasse du virus et développe des anticorps protecteurs contre l’hépatite A. La personne est généralement protégée contre l’hépatite A ou une nouvelle infection au virus de l’hépatite A (immunité permanente).

    Hépatite B

    Dans la majorité des cas, l’infection guérit sans traitement en quelques semaines. Le corps se débarrasse du virus et développe des anticorps protecteurs contre l’hépatite B. La personne est généralement protégée contre une nouvelle infection au virus de l’hépatite B (immunité permanente).
    Dans certains cas, le corps n’arrive pas à se débarrasser du virus et ne développe pas d’anticorps protecteurs contre l’hépatite B. La personne ne guérit pas et peut transmettre l’hépatite B même si elle n’a pas de symptômes. Dans ces cas, la personne est « porteur chronique ». Des traitements peuvent limiter la gravité de l’infection et permettre le contrôle de la maladie de certains porteurs chroniques de l’hépatite B.

    Hépatite c

    Chez certaines personnes, l’infection guérit sans traitement en quelques semaines. Le corps se débarrasse du virus et développe des anticorps contre l’hépatite C. Toutefois, ces anticorps ne protègent pas contre une nouvelle infection à l’hépatite C (aucune immunité).
    Dans la majorité des cas, le corps n’arrive pas à se débarrasser du virus. La personne ne guérit pas et peut transmettre l’hépatite C même si elle n’a pas de symptômes. Dans ces cas, la personne est «porteur chronique ». Des traitements peuvent limiter la gravité de l’infection et permettre la guérison de certains porteurs chroniques de l’hépatite C.

    Complications

    cirrhose (maladie du foie)
    cancer du foie

    Prévention des
    hépatites B et C

    • Utiliser des préservatifs (avec l’aide d’un lubrifiant)
    • Vérifier l’utilisation de matériels stériles à usage unique chez le dentiste, le coiffeur (rasoir), le tatoueur ou perceur (aiguille)
    • Ne pas partager ou emprunter le matériel de toilette pouvant être en contact avec du sang (rasoir, brosse à dents, coupe-ongles) ou certains bijoux (anneaux, boucles d’oreille)
    • Ne pas partager ou emprunter le matériel pour consommer des drogues (paille, seringue, garrot, cuillère,  coton, eau, pipe à crack)
    • Inciter son entourage à se faire dépister et vacciner contre l’hépatite B

    Il est possible à une femme porteuse du virus de l’hépatite B d’allaiter son enfant s’il a été sérovacciné à la naissance (et que la vaccination a bien été poursuivie).

    VIH et
    hépatite B

    Il est recommandé à toute personne séropositive au VIH de se faire dépister pour l’hépatite C et pour l’hépatite B. En effet, les modes de transmission et d’infection sont très similaires entre le VHC, le VHB et le VIH.

    L’hépatite B évolue plus fréquemment vers la chronicité chez les personnes séropositives pour le VIH avec une immunodéficience avancée, soit environ 25% des cas. La progression de l’hépatite B est moins favorable et accélérée en cas de co-infection avec le VIH et le risque d’atteinte hépatique est plus élevé que lors d’une infection VHB seule. Les trithérapies à long terme exercent des effets néfastes sur le foie de manière plus importante en cas de co-infection avec le VHB, d’ou l’importance particulière du contrôle de l’infection par le virus de l’hépatite B. Certains médicaments des traitements combinés contre le VIH sont également efficaces contre le virus de l’hépatite B.

    VIH et
    hépatite c

    Le VIH accélère le processus de fibrose du foie (le tissu cicatriciel dégrade la capacité filtrante du foie), et le risque de cirrhose est multiplié entre 2 et 5 fois. Le VIH provoque pour sa part une inflammation virale des organes, ajoutant ainsi à celle provoquée par l’hépatite C.

    Le traitement antirétroviral pour traiter l’infection au VIH peut provoquer une intoxication du foie, qui s’ajoute alors à l’hépatite C et ainsi accélère  la détérioration de l’organe. Les effets secondaires peuvent se cumuler, et amener à un arrêt des traitements multi thérapeutiques.

    Quelques
    chiffres

    4000

    personnes décèdent chaque année en France du fait d’une hépatite virale. C’est la première cause de décès des patients co-infectés (43% de l’ensemble des causes)

    281 000

    personnes infectées par une hépatite B chronique (dont 150 000 qui l’ignorent). 2 400 nouvelles infections par an.

    232 000

    personnes infectées par une hépatite C chronique (dont 100 000 qui l’ignorent). 2 700 à 4 400 nouvelles infections chroniques par an.

    Pour aller
    plus loin

    Les hépatites, par Dre Judith Fafard

    L’hépatite virale est une inflammation du foie causée par un virus. Il en existe au moins cinq types bien connus (A, B, C, D, E) qui se ressemblent par leurs symptômes, mais diffèrent par leur mode de transmission.

    Dre Judith Fafard explique ici brièvement les causes, les symptômes, le traitement et les moyens de prévention des hépatites.

    Notes

    1. Ce chapitre s’appuie sur les sources suivantes : Guide sur les hépatites, SOS Hépatites Editions 2012 ; Le site santé du Ministère de la Santé et des Affaires sociales ; Portail VIH/Sida du Québec ; Portail santé mieux-être Québec.
    2. Les hépatites D et E ne seront pas traitées dans ce chapitre. Le VHD ne se réplique qu’en présence du virus de l’hépatite B, dont il emprunte l’enveloppe. C’est pourquoi l’hépatite D ne peut survenir que chez un patient infecté en même temps par le virus de l’hépatite B ou déjà porteur de ce virus. Le VHE se comporte comme le virus de l’hépatite A et provoque le même type d’affection. Le mode de transmission est féco-oral et l’évolution clinique est aiguë. L’infection n’est jamais chronique.
    3. L’incubation pour l’hépatite A  est en général de 15 à 30 jours.
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